La plage de la cale de Beg-Meil vue depuis la mer, sable clair et eau turquoise, commune de Fouesnant

La cale de Beg-Meil : 130 ans d’histoire au bout de la pointe

La cale de Beg-Meil est le cœur du village. C’est de là que partent les bateaux pour les Glénan en juillet et août, c’est là que les pêcheurs débarquent encore leurs casiers, et c’est là que tout le monde se retrouve en fin de journée. L’endroit existe sous sa forme actuelle depuis 1896, mais l’histoire du site commence bien avant, et elle dit beaucoup sur ce que Beg-Meil est vraiment.

L’essentiel avant de partir

  • La cale est accessible à pied depuis le parking de la place de l’Église, et le stationnement y est gratuit.
  • L’embarcadère des Vedettes de l’Odet vers les Glénan ne fonctionne qu’en juillet et août.
  • La plage découvre largement à marée basse : consultez les horaires de marée de Concarneau sur maree.info, la référence la plus proche de Beg-Meil, avant de vous baigner ou de mettre un bateau à l’eau.
  • Le reste de l’année, la cale appartient aux pêcheurs, aux plongeurs et aux gens du coin.

Photo de couverture : la plage de la cale de Beg-Meil. Crédit A. Lamoureux.

Beg-Meil, au bout de la commune de Fouesnant

Avant de parler de la cale, un repère géographique qui change tout à la compréhension du lieu.

Beg-Meil se trouve à l’extrémité sud-ouest de la commune de Fouesnant, coincée entre la baie de La Forêt à l’est et l’embouchure de l’Odet à l’ouest. Ce n’est pas un village au milieu des terres : c’est une pointe, presque une presqu’île, avec de l’eau de trois côtés. La cale en occupe le bout le plus avancé, côté baie de La Forêt.

Cette position explique pourquoi l’endroit a toujours servi de point d’accostage. Avant qu’il y ait une route praticable, on venait à Beg-Meil par la mer, depuis Concarneau. La cale n’était pas un agrément touristique : c’était la seule façon d’arriver.

Le GR34, le sentier des douaniers, passe au pied du village et longe la côte dans les deux directions : vers Cap-Coz au nord, vers la pointe de Beg-Meil au sud. C’est le même chemin que Marcel Proust empruntait en 1895 pour aller jusqu’au sémaphore, « ce qui fait une trotte depuis son hôtel », comme le rappelle son biographe Philippe Dupont-Mouchet.

1892 à 1896 : la construction d’un débarcadère

La demande de construction d’une cale remonte au 22 juin 1892. Ce jour-là, l’ingénieur des Ponts et Chaussées à Quimper, Pigeaud, transmet à sa hiérarchie une pétition de propriétaires de Beg-Meil. Leur argument est simple : la Compagnie des Chemins de fer d’Orléans a mis en service un bateau à vapeur entre Concarneau et Beg-Meil pour acheminer ses voyageurs, mais il n’y a nulle part où accoster correctement.

Le rapport de Pigeaud est précis sur les conditions de l’époque : sans cale, « on est obligé de porter des passagers à dos d’homme, ce qui n’est pas toujours du goût des voyageurs et peut causer des accidents. » Ce n’est pas une formule : c’est ce qui se passait réellement à marée basse, quand la chaloupe à vapeur ne pouvait pas approcher du rivage.

Le projet est approuvé par le ministre des Travaux publics le 3 août 1892. Une commission nautique se réunit sur place le 12 septembre, sous la présidence du commissaire de l’Inscription maritime. L’emplacement définitif est arrêté en 1893, côté Port-Guénolé, sur un banc de rochers orienté ouest-est.

Les travaux sont adjugés le 27 juin 1896 à Émile Caillot, entrepreneur domicilié à Fouesnant, pour 5 056,86 francs. La réception provisoire a lieu le 31 décembre 1896, pour un montant final de 3 093,20 francs. La cale de Beg-Meil existe officiellement.

Marcel Proust débarque à la cale en 1895

Un an avant la réception des travaux, un jeune Parisien de 24 ans accoste à cet endroit encore rudimentaire. C’est le 8 septembre 1895. Il s’appelle Marcel Proust, il est accompagné du compositeur Reynaldo Hahn, et ils arrivent depuis Concarneau à bord du bateau à vapeur « Le Léna ».

Ils s’installent à l’Hôtel Fermon, qui surplombe la cale. Le bâtiment deviendra le « Grand Hôtel » et existe toujours aujourd’hui, reconverti en campus agricole. Proust restera 50 jours à Beg-Meil, jusqu’au 27 octobre. Il n’y reviendra jamais, mais le lieu ne le quittera plus. En 1904, il écrit encore : « Si vous allez un soir en barque de Beg-Meil à Concarneau, vos rames éparpilleront sur l’eau éblouissante et morte toutes les couleurs du soleil couché. »

C’est à Beg-Meil qu’il commence à rédiger « Jean Santeuil », son premier roman, sur les facturiers de l’hôtel. Les biographes y voient la genèse de « À la recherche du temps perdu ». Tout ça depuis la plage de la cale, à deux pas de l’embarcadère.

Un siècle d’aménagements successifs

La cale de 1896 est petite et basse. Trop basse : en 1913, le propriétaire du bateau faisant la liaison Concarneau vers Beg-Meil dépose une pétition pour demander son exhaussement. Le conseil municipal refuse de financer, estimant que ce sont les propriétaires d’hôtels et de villas qui doivent payer.

Les travaux viendront quand même, par étapes :

  • 1947 : décision de construire un môle-abri de 160 mètres pour les pêcheurs
  • 1951 : décision de construire un abri du marin à la cale
  • 1955 : réception des travaux de l’abri de marins
  • 1961 : élargissement et prolongation de la cale décidés
  • 1973 : allongement et surélévation du port, en concertation avec les marins
  • 1976 : aménagement du terre-plein, acquisition du parc de l’ex-Grand Hôtel pour créer un jardin public
  • 1986 : construction d’une capitainerie et d’un local pour la SNSM
  • 1998 : création d’une descente de mise à l’eau pour les plaisanciers
  • 2010 : pose d’une barrière limitant l’accès aux marins pêcheurs et aux personnels de la capitainerie pendant les congés

Cette chronologie dit quelque chose d’important : la cale n’a jamais été figée. Elle s’est construite par couches successives, au gré des besoins des pêcheurs, des plaisanciers, des touristes. Ce qu’on voit aujourd’hui est le résultat de 130 ans de bricolage institutionnel.

1969 : l’hôtel de la Cale ouvre au 34, rue des Glénan

En 1969, la famille Rousseau ouvre l’hôtel de la Cale au 34, rue des Glénan, à Beg-Meil. L’établissement sera tenu sur deux générations par la même famille.

L’hôtel de la Cale est rapidement devenu un repère du village, un de ces endroits qui structurent la mémoire d’un lieu sans faire de bruit. Il existe toujours, mais a depuis déménagé sur un autre site.

Précision : le site éditorial hoteldelacale.fr est un guide indépendant du Finistère Sud. Il n’est ni l’établissement hôtelier du même nom, ni affilié à celui-ci, et ne prend aucune réservation.

Ce qu’il faut retenir : 1969, c’est l’année où la cale de Beg-Meil entre dans une nouvelle phase de son histoire. Le village est déjà une station balnéaire établie, les aménagements du port sont en cours, et des commerces s’installent durablement autour de l’embarcadère.

Ce que la cale est aujourd’hui

L’embarcadère des Glénan, mais seulement en été

La cale de Beg-Meil est le point de départ le plus proche pour rejoindre l’archipel des Glénan, qui compte 9 îles, dont Penfret, Guéotec, Bananec, Drénec et Guiriden. Les Vedettes de l’Odet assurent la liaison du 28 juin au 31 août, de 9h à 19h. Hors de cette période, il n’y a pas de départ régulier depuis Beg-Meil vers les Glénan.

En août, les traversées affichent souvent complet plusieurs jours à l’avance. Réserver en ligne avant de se déplacer à la cale est la règle, pas l’exception.

Le port des pêcheurs, toute l’année

Le reste de l’année, la cale appartient aux pêcheurs. La capitainerie et le local de la SNSM sont installés dans le bâtiment construit en 1986. Un club de voile et un club de plongée occupent les locaux en sous-sol. Le terre-plein sert de zone de travail : casiers, remorques, matériel de pêche.

La plage de la cale

Devant l’embarcadère s’étend la plage de la cale, orientée plein est sur la baie de La Forêt. C’est une plage de sable, l’une des 5 plages de sable de la commune de Fouesnant. Elle est abritée des vents d’ouest et de nord-ouest, ce qui en fait un endroit souvent calme quand le reste de la côte est agité.

Attention : par vent d’est ou de nord-est avec une houle de secteur est, la plage de la cale prend la mer de face. Ce n’est pas une plage pour tous les temps.

Marées et mise à l’eau

La baie de La Forêt découvre beaucoup. À basse mer de vive-eau, l’estran devant la cale se dégage sur plusieurs dizaines de mètres et la descente de mise à l’eau créée en 1998 devient difficilement praticable pour un bateau sur remorque. Concrètement, la mise à l’eau se joue autour de la pleine mer, dans une fenêtre de deux à trois heures de part et d’autre.

Pour la baignade, le même mouvement joue dans l’autre sens : à marée basse, il faut marcher longtemps avant d’avoir de l’eau, et le fond reste très plat. C’est confortable avec des enfants, moins pour nager. Vérifiez les horaires de marée (station de Concarneau) la veille, pas le matin même : une basse mer à midi change complètement la journée.

Accès, parking et réalités d’août

Comment y aller à pied

Depuis le parking de la place de l’Église, comptez moins de dix minutes à pied. Le chemin est plat et balisé. Le GR34 passe à proximité et permet de rejoindre la cale depuis Cap-Coz ou depuis la pointe de Beg-Meil par le sentier côtier.

Le stationnement

Le parking de la place de l’Église est gratuit. Celui de la plage de Kerambigorn également. En août, les deux sont saturés dès 10h du matin les jours de beau temps. Il n’y a pas de parking payant à Beg-Meil à ce jour, mais il n’y a pas non plus de place garantie. Arriver avant 9h ou après 17h reste la solution la plus fiable.

La barrière installée en 2010 à l’entrée de la cale elle-même limite l’accès aux véhicules : seuls les marins pêcheurs et le personnel de la capitainerie peuvent y garer leur voiture. Les visiteurs stationnent dans les parkings du village.

Ce qui ferme en hiver

Les Vedettes de l’Odet ne desservent pas Beg-Meil hors juillet et août : il n’y a plus de départ vers les Glénan à partir de septembre. Une partie des commerces de restauration autour de la cale ferme également hors saison, et les horaires de ceux qui restent ouverts se resserrent nettement.

La capitainerie, la SNSM et les clubs nautiques fonctionnent toute l’année. La plage, elle, ne ferme jamais, mais elle se vide complètement de septembre à juin.

Ce que la cale dit de Beg-Meil

La cale de Beg-Meil n’est pas un décor. C’est un outil de travail qui a cent trente ans, construit pour des raisons pratiques, agrandi par étapes selon les besoins réels des gens qui vivent ici. Proust y a débarqué par hasard en 1895 parce que c’était le seul endroit où accoster. Les pêcheurs y rentrent encore leurs casiers un siècle et demi plus tard.

Le tourisme estival s’y est greffé, avec les bateaux pour les Glénan et les terrasses qui s’animent en juillet. Mais la cale existe avant et après la saison. C’est ce qui en fait un endroit qui tient debout.